Le Bhoutan enterre le bonheur national brut

Le Bhoutan avait jusqu’alors une philosophie de vie portée sur le bonheur et la qualité de vie de ses habitants; bien plus que sur leur développement économique et leur ouverture au monde de la globalisation. D’après cet article, nous sommes en droit de nous demander si ce pays ne va pas se retrouver forcé de rentrer de le jeu de la mondialisation, avec ses conséquences, positives ou négatives.

Par Alain BarluetMis à jour le 15/07/2013 à 23:17 Publié le 14/07/2013 à 18:45

Le Bouthan a voté samedi pour ses représentants à la Chambre basse. Le Parti démocratique du peuple a remporté la majorité des sièges.

La crise économique est venue à bout de l’indice de bien-être inventé naguère par le pays himalayen.

Le «bonheur national brut» (BNB) ne fait plus recette au Bhoutan. Les élections parlementaires, remportées dimanche par l’opposition démocrate, témoignent du malaise qui règne dans ce petit État himalayen, célèbre pour avoir lancé dans les années 1970 cet indice donnant la priorité au bien-être sur la croissance économique. Pour la deuxième fois depuis la fin de la monarchie absolue, il y a cinq ans, le «pays du Dragon Tonnerre» élisait ses représentants à la Chambre basse. Le Parti démocratique du peuple (PDP) a remporté 32 sièges contre 15 au parti monarchiste, le DPT au pouvoir, invoquant notamment la suspension par New Delhi, début juillet, de son aide économique cruciale.
Coincé entre l’Inde et la Chine, le minuscule Bhoutan (750.000 habitants seulement) est fortement dépendant de ces deux géants, principalement de son voisin indien, qui lui prodigue investissements, aide et importations. Mais le Bhoutan a eu le tort, selon New Delhi, de vouloir se rapprocher récemment du grand rival chinois, avec lequel les troupes indiennes se livrent toujours à des accrochages sporadiques sur le Toit du monde. En représailles, les Indiens ont coupé les vivres, ne subventionnant plus le gaz domestique et l’essence, ce qui a eu pour effet immédiat de faire flamber les prix et d’aggraver les difficultés économiques du Bhoutan. L’an dernier déjà, à court de roupies indiennes, le pays souffrait d’une crise du crédit.

D’autres plaies affectent ce petit paradis bouddhiste, coupé du monde durant des siècles et qui, jusqu’aux années 1960, n’avait ni téléphone, ni routes, ni monnaie. La consommation croissante de drogue, l’alcoolisme, l’effritement du tissu social traditionnel mettent à mal la fragile harmonie d’un pays qui s’était ouvert avec l’arrivée des premiers touristes, férus de trekking, en 1974. La télévision n’y a fait son apparition qu’en 1999. Deux ans plus tard, en 2001, le royaume entamait une marche vers la démocratie, sous la houlette de son souverain, Jigme Singye Wangchuck, qui abdiquera en 2006 en faveur de son fils, formé à Oxford.

Le Bhoutan a fait son entrée dans la mondialisation en promouvant le BNB, un concept qui allait faire le tour du monde et lui valoir la réputation de «pays du bonheur». À l’aune du nouvel indice, il ne s’agissait plus seulement d’évaluer la richesse d’un pays en termes de croissance économique mais en prenant aussi en compte d’autres critères, tels que la sauvegarde de la culture et de l’environnement et la bonne gouvernance. Des «conférences du bonheur» étaient ainsi régulièrement organisées pour faire le point. Mais pour les habitants, notamment pour la jeunesse, le décalage se faisait béant entre l’horizon radieux du BNB, vanté par les élites, et une réalité quotidienne de plus en plus précaire. Les électeurs, eux, ont clairement indiqué par leur vote qu’ils ne croyaient plus à cette utopie.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/07/14/01003-20130714ARTFIG00122-le-bouthan-enterre-le-bonheur-national-brut.php

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